Le vrai et le faux Pérolien

Le vrai et le faux Pérolien

Qu’est-ce qu’un Pérolien ? D’après le dictionnaire, c’est ce qu’on appelle un gentilé, un mot qui désigne un habitant d’un lieu. Ainsi Pérolien désigne tout simplement un habitant de la ville de Pérols.

Cependant, depuis quelques années, on entend de plus en plus parler de vrais Péroliens.

Pour quelle raison devient-il utile de rajouter « vrai » ? Et s’il est nécessaire de le préciser c’est qu’il y en a des faux ?

Le vrai Pérolien, un spécimen rare ?

J’ai mené l’enquête en demandant ce qui caractérisait le vrai Pérolien auprès de quelques amis qui utilisaient cette appellation.

Pour certain, il faut avoir connu une certaine époque ou des lieux qui n’existent plus ou qui sont bien différents, ce qui m’a amené à penser que malheureusement le vrai Pérolien était une espèce en voix de disparition…

Ensuite, on m’a expliqué qu’il fallait être né à Pérols, ce qui n’est pas forcément évident vu qu’il n’y a pas de clinique ici, cependant à une époque accoucher à la maison était plutôt fréquent et aujourd’hui c’est devenu tendance comme on dit, ce qui nous offre un espoir d’avoir de nouveaux « vrais Péroliens », nous voilà rassuré.

Mais comme moi, quelques participants à ces discussions ne respectaient pas ces deux premiers critères et comme ils semblaient contrariés, j’ai pu les entendre me donner de nouveaux arguments :

  • Avoir un membre de sa famille présent depuis une certaine époque
  • connaitre telle ou telle famille
  • avoir grandi ici
  • savoir ce que veut dire tel ou tel mot

Finalement il y avait moyen de s’arranger pour devenir un vrai Pérolien, on en arrivait même à avoir des vrais Péroliens qui n’habitent pas Pérols et pas même le département.

Bizarrement, il y avait quand même quelques commentaires qui laissaient penser que tous ces critères n’étaient pas suffisants pour désigner un vrai Pérolien.

Tout comme dans le sketch des inconnus sur le bon et le mauvais chasseur, il y aurait le vrai Pérolien et le faux. Et donc le faux eh bien… C’est comme le vrai mais… C’est pas pareil !

Que signifie ce « vrai » ?

C’est en discutant qu’un souvenir m’est remonté sur cette fois ou le mot « vrai » utilisé dans un contexte bien particulier m’avait pour la première fois marqué.

Il est 1h30 du matin, l’apéro a commencé beaucoup trop tôt et la modération n’a pas été conviée. Heureusement, nous rentrons tous à pied.
Alors que certains n’arrivent même plus à articuler, notre hôte mû par un second souffle inattendu, se dresse devant nous droit comme la tour de Pise et lance : « Bon on s’en reprend un petit dernier non ? ».
On a tous connu des moments comme ça, ou l’on se dit « Dis donc, ça serait pas la troisième fois que je me dis que c’est le verre de trop ? », on veut dire non mais on veut pas être le premier, alors un silence s’installe, une grimage, un grognement, un rire nerveux, on commence à dire « oh moi je ne sais pas… », et d’un coup en un mot un des convives nous sauve tous : « Allez ! ».
Bouteille à la main, luttant contre le mouvement de la terre qu’il ressent bien plus que d’habitude, notre hôte est ravi d’avoir enfin une réponse positive et lance : « Ah ! Toi t’es un vrai ! ».

Ce « vrai » qui laisse sous-entendre « un vrai ami ». Les autres l’ont tous lâché, mais lui il est là, prêt à se rendre malade pour ne pas laisser son ami titubant boire tout seul ce fameux dernier verre.

Pour avoir accepté une simple proposition sans réfléchir aux conséquences, probablement juste pour faire plaisir, il sera devenu plus valeureux. Évidemment, un vrai, ça a plus de valeur.

Qui est vraiment le Pérolien

Au départ je m’étais demandé si nous n’étions pas dans le cas du sophisme du « vrai Écossais » qui est un procédé fallacieux utilisé lorsqu’on fait face à un contre-exemple après une généralisation.

J’y ai repensé en entendant quelques généralisations sur le vrai Pérolien et les arguments qu’on y opposait, mais à y regarder de près on se rend compte qu’on est bien plus dans du jugement de valeur anecdotique et complètement arbitraire visant à créer deux groupes.

Si j’arrive à comprendre que le premier groupe apprécie la flatterie, j’ai du mal à accepter qu’on rabaisse implicitement l’autre.

D’autant que le vrai comme le faux Pérolien s’unissent à un moment de l’année pour ne faire qu’un, celui que le Trésor Public appelle aussi le contribuable… Et si c’était ça finalement le vrai Pérolien ?

En ce qui me concerne, je me contenterai de la définition du dictionnaire.